LA JEUNESSE AFRICAINE ET LA PROBLÉMATIQUE DE LA MIGRATION TRANSNATIONALE DANS LE ROMAN FRANCOPHONE

RÉSUMÉ
Cette étude a examiné les migrations transnationales de l'Afrique vers le monde occidental, cette tendance ayant tendance à s'accentuer, en particulier au cours des deux dernières décennies. De temps en temps, des centaines de vies sont perdues car les Africains sont prêts à risquer leur vie à la recherche d'une vie meilleure en Europe. La majorité des gens dans les communautés africaines voient le voyage vers des terres étrangères comme un moyen d'améliorer leur niveau de vie et de réaliser leurs rêves, en ignorant les effets déchirants des migrations sur leurs propres patrimoines. Par Le Baobab fou de Ken Bugul (1982); Les Honneurs perdus de Calixthe Beyala (1996); Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome (2003) et Bleu-blanc-rouge (1998) d'Alain Mabanckou, les différentes formes de migration ont été révélées, les raisons de la migration et ses effets sur les migrants et leurs communautés d'origine ont été racontés. Ces quatre romans racontent l'expérience des migrants et offrent une réflexion stimulante sur les véritables souffrances sociales de la migration telles que: érosion culturelle, intégration difficile, pauvreté, marginalisation, exploitation sexuelle, racisme, nostalgie, crises identitaires et retour impossible. L'étude attire l'attention sur la position des romanciers à travers laquelle sont perçues les causes inhérentes au dilemme du migrant. L'essence de ce travail est de définir, d'examiner et de tenter une évaluation et une interprétation de l'utilisation par les auteurs de la fiction en prose pour dénoncer, corriger et inciter au changement dans les conditions du migrant. Pour discuter efficacement des points de vue de ces auteurs sur la situation des migrants en Europe à travers les textes choisis, nous avons adopté l'approche éclectique, c'est-à-dire les approches historiques, sociologiques et psychologiques. À travers l'approche historique, nous avons examiné le développement de la migration à travers le temps afin de faire une comparaison entre ce que nous avons dans la réalité et ce que les auteurs ont présenté dans leurs travaux. A travers l'approche sociologique, nous avons mis en évidence ou relaté certains aspects socioculturels, économiques et politiques des sociétés migrantes à travers les textes choisis de notre travail pour dépeindre les vraies réalités du migrant d'Afrique francophone. Grâce à l'approche psychologique, nous avons exposé les traits de caractère des protagonistes dans les romans et les effets sur eux des réalités de la vie des migrants. Notre essai a conclu que ces écrivains audacieux, à travers leurs romans, ont attesté les vraies réalités dépressives auxquelles font face les migrants africains dans leur maison et en Europe.

CHAPITRE UN
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1.1 Annonce du sujet
Les émigrations transnationales des jeunes Africains dans cette aube du 21e siècle, prolongent en Afrique noire francophone ce que la colonisation a incité  l’érosion des cultures autochtones. Contraintes par l’assimilation à adopter la totalité de la culture française, les peuples de la sous-région ont vu disparaître la valorisation de leurs langues, traditions, normes et religions. La mondialisation et la modernisation occidentales érodent de plus en plus les cultures noires de loin que les jeunes Africains embrassent et copient sans discrimination les cultures occidentales, au nom de la civilisation, tout en abandonnant leur propre culture. La plupart d'entre eux fuient toute association aux traditions africaines en raison de leur engouement à être identifiés comme des êtres sophistiqués. L'augmentation alarmante des taux des migrations transnationales entraîne maintenant des effets dévastateurs sur la vie des populations africaines et des menaces à la stabilité socioculturelle de la jeunesse africaine.
Frederic Mambenga-Ylagou (2004) a noté que depuis deux décennies émerge en France une littérature africaine de la migration et que cette littérature est une manière de traduire par l’imaginaire des formes d’existence à la périphérie des collectivités françaises. En ce début du XXIe siècle la littérature de la migration africaine ou « la littérature de migritude », pour reprendre l’expression de Jacques Chevrier (2004), a déjà des auteurs et ces auteurs ont écrit sur la migration avec des âmes d’intellectuels, créant ainsi une distance profonde entre l’objet d’écriture et l’imaginaire romanesque. Dans cette littérature, il est question de l’émergence de nouvelles stratégies d’écritures centrées sur les thèmes du corps, de la folie et du langage. Ces thèmes se sont développés contre les critères de réception habituels et s’inscrivent dans une forme de marginalité. Il s’agit entre autres de l’errance à travers, par exemple, le portrait de l’émigré marginalisé ou métissé, comme chez Alain Mabanckou, Fatou Diome, Patrice Nganang et Calixthe Beyala.
          La migration est un déplacement de populations qui passent d’un pays dans un autre pour s’y établir.Alors, La migration humaine est un phénomène probablement aussi ancien que l’humanité car c’est un déplacement du lieu de vie des individus pour trouver ailleurs de meilleures conditions de vie, de travail ou derémunération.La migration transnationale dépasse le cadre national, c’est-à-dire de quitter un pays pour vivre et se fixer dans un autre pays au moins un an. L’immigré est donc toute personne voulant s’établir dans un pays étranger pour des raisons économiques et sociales. Le verbe «immigrer» se distingue sémantiquement de son radical «migrer» qui désigne indifféremment tout déplacement d’un espace donné vers un autre dans le but de s’y établir temporairement ou définitivement. Ainsi donc, selon son usage courant, le verbe «immigrer», entouré de connotations péjoratives, s’écarte de son emprunt latin immigrare «venir dans, s’introduire dans» et de migrare «changer de résidence», pour désigner l’acte de toute personne étrangère issue d’un pays peu développé qui travaille dans un pays industrialisé et vivant souvent en marge des conditions d’existence des populations locales. Cette perception de la migration s’est cristallisée dans l’imaginaire social, d’où son acceptation universelle comme thème littéraire.
          Pendant la période coloniale et cela jusqu’au milieu des années 1970 la littérature de l’immigration, notamment vers la France, ne concerne pour l’essentiel que le personnage de l’étudiant et le travailleur immigrés, la fin des années 1980 constitue un tournant décisif marqué notamment par de profonds changements dans la qualité sociale des migrants. On retrouve progressivement à côté de l’étudiant africain, du réfugié politique et du travailleur immigré un nouveau personnage, le réfugié clandestin.
            Donc, la migration peut être volontaire ou forcée et elle peut être illégale (clandestine) et légale. Nous avons les flux migratoires qui sont classés selon leurs mobiles. On distingue notamment: les migrations économiques (migration de travail c’est-à-dire déplacements de travailleurs) et les migrations contraintes (fuite de persécutions, famines résultant souvent de guerres, on parle aussi de conquête, d’invasion, d’exode, de colonisation et de traite. On a également la typologie des migrations comme migration de contrainte (ou migration de réfugiés), migration permanente et migration d’études.
Pour les écrivains africains, il est également nécessaire de parler du continent lui-même. Il ne s’agit plus, cependant, de s’en prendre au colonisateur, mais davantage de stigmatiser la dégradation ininterrompue des sociétés africaines, avec des problématiques assez diversifiées (guerres, description des conditions de vie, métissages, questions d’altérité, etc.). Comme le souligne le critique Séwanou Dabla:
On le voit, écrire l’Afrique consiste, avec ces auteurs, moins à dénoncer la classe dirigeante antidémocratique, les fonctionnaires corrompus, les parvenus égoïstes à la manière de Xala (1973) de Sembène Ousmane par exemple. Il ne s’agit non plus de célébrer un continent victime des autres; il s’agit de dire le marasme, la déréliction qui l’accablent et qui poussent ses enfants à chercher leur identité, à la fuir.

Les migrants ont leurs raisons de déplacement. Elles peuvent être dues à un déracinement profond, à un mal de vivre, à une quête d’identité absolue et au désir de tenter leur chance pour construire une vie favorable. Ces raisons ou causes sont classées sous le thème d’exil volontaire. Par opposition, la migration involontaire peut être due à une situation de guerre, une crise politique ou encore à une condition économique précaire. Les migration vers l’étranger peut être pour raisons: professionnelle (mission de longue durée à l’étranger) et études; politique (réfugié politique fuyant les persécutions); sécuritaire  notamment en cas de guerre dans le pays d’origine; économique (habitant de pays pauvres cherchant un meilleur niveau de vie dans les pays riches, éventuellement temporairement); personnelle (volonté de s’installer dans un pays par goût, par exemple si l’on se reconnaît dans ses valeurs); familiale (rejoindre  le conjoint, l’enfant déjà installé); fiscale (l’installation dans un pays offrant un niveau d’imposition moins élevé)
Il est à reconnaître que les effets de la migration sont tant positifs tant négatifs. La positivité comprend: la construction d’une vie favorable, la liberté politique, la tolérance religieuse, le commerce, l’enseignement supérieur, un meilleur style de vie, la prospérité économique. Les effets négatifs sont les misères morales et sociales des émigrées qui comprennent: la confrontation de la réalité brutale (opposé au mythe), la crise identitaire, l’insolement ressenti et les déchirements culturels, le sentiment d’exclusion et de marginalisation, la pauvrêté, mal logements, le mal paiements, une couverture sociale imparfaite ou inexistante, le désespoir, la prostitution, et l’homosexualité.
Dans son article intitulé “Immigratie”, Van Frans tire la conclusion que la migration et le développement s’influencent mutuellement; que la migration peut être à la fois la cause et le résultat du sous-développement tandis que le sous-développement peut être soit atténué soit aggravé par la migration. En conséquence, le phénomène migratoire ne peut pas être simplement défini comme un obstacle au développement ou comme une stratégie de développement. S’il existe, au niveau mondial, des preuves tangibles de l’influence positive qu’exerce la migration, les effets de la migration sur le développement dans les différents pays et communautés dépendent de l’environnement politique, social, juridique et économique dans lequel s’inscrit la migration, ainsi que du profil, des ressources et de l’attitude des migrants eux-mêmes.
Il résume que la migration affecte le pays de destination ainsi que le pays d’origine. D’abord on peut observer les effets pour le pays de destination: Par l’atténuation des pénuries de main-d’œuvre, l’enrichissement de capital humain et la création d’opportunités d’emploi et de richesses, résultat des activités entrepreneuriales des immigrés, la migration peut apporter aux pays de destination des avantages macro-économiques substantiels. Ce sont là des facteurs qui peuvent accroître la flexibilité et la productivité de l’économie et contribuer à la croissance.
De nombreux pays de destination ont pris le pli d’adopter des approches restrictives de l’immigration, craignant que celle-ci n’entraîne un abaissement des conditions de travail et des salariés et ne crée des problèmes sociaux et sécuritaires. Si l’on veut éviter les effets potentiellement négatifs sur la société et l’économie des pays de destination, il faut relever de façon appropriée les défis que pose la migration. Si de nombreux pays en sont venus à accepter la diversité apportée par l’immigration dans leur société, le besoin subsiste de préserver la stabilité et la cohésion sociales et de faire en sorte que les relations entre les immigrés et les communautés des pays d’accueil soient mutuellement bénéfiques.
D’après lui, les avantages clefs de la migration pour les pays d’origine sont notamment: l’incidence positive des rapatriements de fonds sur la pauvrêté, les réserves de devises étrangères et la balance des paiements; le transfert de connaissances et de compétences lorsque les émigrés rentrent virtuellement ou réellement dans leurs pays, de façon temporaire ou définitive; l’amélioration de la situation sur le plan du chômage et du sous-emploi; et l’accroissement de l’activité entrepreneuriale locale par le biais de nouvelles opportunités offertes au secteur privé. En outre, les émigrés contribuent souvent à la modernisation, à la démocratisation et à la défense des droits de l’homme, que ce soit de l’étranger ou dans leurs pays lorsqu’ils y retrournent.
Van note que, parmi les effets négatifs de la migration sur les pays d’origine, il faut citer la dépendance de l’économie à l’égard des rapatriements de fonds effectués par les émigrés, et l’exode des compétences pouvant résulter de l’émigration des plus qualifiés. Combattre au maximum l’exode des compétences revêt une importance clef pour relever les grands défis que pose l’émigration pour le développement et en réaliser le potentiel bénéfique. Ici aussi, l’encadrement des migrants est essentiel.
C’est ainsi au sein de cette réalité à double face du phénomène migratoire, que s’inscrivent les romans par des écrivains francophones dits négropolitains. Ceux-ci narrent des histoires qui dévoilent les dures réalités que confrontant l’émigré africain contraire aux impressions idylliques. En conséquence, nous décidons pour cette thèse de sélectionner quelques romans représentatifs pour étaler les aspects divers de la migration des Africains en Europe. Notre corpus se consiste donc de quatre romans de base: Le Baobab fou (1982) de Ken Bugul; Les Honneurs perdus (1996) de Calixthe Beyala; Le Ventre de l’Atlantique (2003) de Fatou Diome et Bleu-blanc-rouge (1998) d’Alain Mabanckou que la migration a des effets positifs et négatifs sur les migrants. Nous voulons souligner les problèmes de l’immigration, le malaise de tout être humain déraciné, la triste réalité de tout immigré africain dans les pays d’accueil comme cela est transcrit dans les romans sous étude.

1.2 État de la question
Dans cette thèse, il s’agit de la problématique de la migration africaine surtout telle qu’elle se présente dans le roman francophone. La réalité de la condition des émigrés africains en Occident présente dans les romans de base. Alors, nous avons exposé aussi la vision de différents écrivains sur la migration de la jeunesse africaine.

Mzee Lombe Mwembo (2010) dans son article, note qu’aux États-Unis, les Africains sont victimes de la discrimination raciale perpetuée par certains employeurs ‘Blancs’, qui recrutent les travailleurs selon la couleur de peau. Il note en plus que les Africains n’assument pas de postes de commandements et ajouté à cela, l’horaire très chargé pour travailler et payer les factures de l’eau, de l’électricité, du logement et du soutien des membres de la famille restée au pays en Afrique......

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